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Copyright Reserved - Download NOT Available. Coopérer avec nous. 3€. - Les Hirondelles de Kaboul PDF Gratuit Télécharger Livre – {PDF,​EPUB,KINDLE} Titre: Les Hirondelles de Kaboul Nom de fichier: Les. Nov 12, - Télécharger Les Hirondelles de Kaboul PDF par Yasmina KHADRA ▽▽ Télécharger votre fichier Ebook maintenant!

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Avec ces créatures viscéralement hypocrites et imprévisibles, plus tu crois les apprivoiser et moins tu as de chances de surmonter leurs maléfices. Mirza Shah a été son ami d enfance. Écartez-vous, écartez-vous Atiq a juste le temps de se déporter sur le côté pour éviter d être renversé par une charrette dont la monture s est emballée. Elle cherche un appui, ne rencontre qu une poutrelle émergeant du mur, s agrippe dessus. Le mollah lève une main majestueuse pour apaiser le hurleur.

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Mohsen et Zunaira forment un jeune couple, et ils ne supportent pas les règles islamiques rigoristes imposées à la population. Ils ont une formation universitaire et rêvent de pouvoir enseigner dans une école clandestine délivrant une autre éducation que celle prônée par les Talibans.

Pour ne pas devoir porter le tchadri , Zunaira préfère rester chez elle. Mohsen assiste un jour par hasard à la lapidation d'une femme, et entraîné par la foule, il prend une pierre et la jette sur la condamnée. Atiq a combattu les Soviétiques, puis est devenu gardien de prison. Sa femme, Mussarat, souffre d'un cancer en phase terminale. Mohsen et Zunaira décident de sortir se promener en couple, mais Zunaira a mis des chaussures blanches interdites par le régime, et ils sont surpris à rire dans la rue, ce qui est également interdit.

Mohsen est emmené de force pour assister au prêche à la mosquée , et Zunaira est forcée de l'attendre pieds nus en plein soleil.

Zunaira se sent profondément humiliée par cet incident, et son opposition aux Talibans en est renforcée. Mohsen lui avoue alors sa participation à la lapidation, qui pèse sur sa conscience, et Zunaira lui en veut énormément.

J ai dû évacuer d urgence mon épouse. Qassim Abdul Jabbar grogne, nullement convaincu et, le doigt sur le cadran de sa montre, il lui signifie qu à cause de lui tout le monde s impatiente. Atiq rentre le cou et se dirige sur la bâtisse où des hommes armés l attendent, accroupis de part et d autre du portail. L un d eux se redresse en époussetant son postérieur, va vers une camionnette débâchée garée à une vingtaine de mètres, saute à l intérieur de la cabine, fait rugir le 6 moteur et vient, en marche arrière, se ranger devant l entrée de la prison.

Atiq Shaukat extirpe un trousseau de clefs de sous son long gilet et s engouffre dans la geôle, suivi de près par deux miliciennes emmitouflées dans des tchadri. Dans un coin de la cellule, juste là où une lucarne déverse une flaque de lumière, une femme voilée finit de prier.

Les deux miliciennes invitent le gardien à se retirer. Une fois seules, elles attendent que la prisonnière se relève pour la rejoindre et, sans ménagement, elles lui ordonnent de se tenir droite et entreprennent de lui ligoter sévèrement les bras et les cuisses puis, après avoir vérifié que les cordelettes étaient bien tendues, elles lui enroulent un grand sac en toile autour du corps et la poussent devant elles dans le corridor.

Atiq, qui attendait dans l embrasure du portail, signale à Qassim Abdul Jabbar que les miliciennes arrivent. Ce dernier demande aux hommes dans la cour de s écarter. Intrigués, quelques passants se rassemblent en face de la bâtisse, en silence.

Les deux miliciennes sortent dans la rue, saisissent la prisonnière par les aisselles, l entassent sur la banquette arrière de la camionnette et s installent étroitement à ses côtés. Abdul Jabbar relève la ridelle de la voiture et rabat les loquets. Après un dernier regard sur les deux miliciennes et la prisonnière pour s assurer que tout est au mieux, il grimpe à côté du conducteur et donne un coup de crosse sur le plancher pour ouvrir la marche. Aussitôt, la camionnette démarre, escortée par un gros 4x4 surmonté d un gyrophare et chargé de miliciens débraillés.

Mohsen Ramat hésite longtemps avant de se décider à rejoindre l attroupement sur la place. On a annoncé l exécution publique d une prostituée. Elle sera lapidée. Quelques heures auparavant, des ouvriers sont venus décharger des brouettes remplies de cailloux à l endroit de la mise à mort et ont creusé un petit fossé d une cinquantaine de centimètres de profondeur.

Mohsen a assisté à plusieurs lynchages de cette nature. Hier seulement, deux hommes, dont l un à peine adolescent, ont été pendus au bout d un camion-grue pour n être décrochés qu à la tombée de la nuit.

Mohsen déteste les exécutions publiques.

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Elles lui font prendre conscience de sa fragilité, aggrave les perspectives de sa finitude ; d un coup, il découvre la futilité des choses et des êtres et plus rien ne le réconcilie avec ses certitudes d antan quand il ne levait les yeux sur l horizon que pour le réclamer. La première fois qu il avait assisté à une mise à mort c était l égorgement d un meurtrier par un proche de sa victime, il en avait été malade.

Plusieurs nuits durant, ses sommeils fulguraient de visions cauchemardesques. Souvent, il se réveillait en hurlant plus fort qu un possédé.

Puis, au fur et à mesure que les jours consolident leurs échafauds et cultivent leur cheptel expiatoire au point que les gens de Kaboul s angoissent à l idée qu une exécution soit reportée, Mohsen a cessé de rêver.

Sa conscience s est éteinte. Il s assoupit dès qu il ferme les yeux et ne ressuscite qu au matin, la tête aussi vide qu une cruche. La mort, pour lui et pour les autres, n est qu une banalité. D ailleurs, tout est banalité. Hormis les exécutions qui réconfortent les survivants chaque fois que les mollahs balaient devant leur porte, il n y a rien.

Kaboul est devenue l antichambre de l audelà. Une antichambre obscure où les repères sont falsifiés ; un calvaire pudibond ; une 7 insoutenable latence observée dans la plus stricte intimité. Mohsen ne sait pas où aller ni quoi faire de son oisiveté.

Depuis le matin, il n arrête pas de flâner à travers les faubourgs dévastés, l esprit vacillant, la mine inexpressive. Avant, c est-à-dire il y a plusieurs années-lumière, il aimait se promener, le soir, sur les boulevards de Kaboul. À l époque, les devantures de magasin n avaient pas grand-chose à proposer, mais personne ne venait vous cingler la figure avec sa cravache.

Les gens vaquaient à leurs occupations avec suffisamment de motivations pour concevoir, dans leurs délires, des projets mirobolants. Les échoppes étaient pleines à craquer ; leur brouhaha se déversait sur les trottoirs telle une coulée de bonhomie. Et les femmes, malgré leur voile grillagé, pirouettaient dans leur parfum comme des bouffées de chaleur. Les caravaniers de jadis certifiaient que nulle part, au cours de leurs pérégrinations, ils n avaient rencontré des houris aussi fascinantes.

Vestales impénétrables, leurs rires étaient un chant, leur grâce un fantasme. Relèverait-il d une pure fabulation? Désormais, les boulevards de Kaboul ne divertissent plus. Les façades décharnées, qui tiennent encore debout par on ne sait quel miracle, attestent que les estaminets, les gargotes, les maisons et les édifices sont partis en fumée.

La chaussée, auparavant bitumée, n est que sentiers battus que les sandales et les sabots raclent à longueur de journée. Les boutiquiers ont mis leur sourire au placard. Les fumeurs de tchelam se sont volatilisés. Les hommes se sont retranchés derrière les ombres chinoises et les femmes, momifiées dans des suaires couleur de frayeur ou de fièvre, sont absolument anonymes.

Mohsen avait dix ans, avant l invasion soviétique ; un âge où l on ne comprend pas pourquoi, subitement, les jardins sont désertés et les jours aussi dangereux que les nuits ; un âge où l on ignore surtout qu un malheur est vite arrivé. Son père était négociant prospère. Ils habitaient une grande demeure en plein centre-ville et recevaient régulièrement des parents ou des amis. Mohsen ne se souvient pas assez de cette époque, mais il est certain que son bonheur était plein, que rien ne contestait ses éclats de rire ou condamnait ses caprices d enfant gâté.

Puis, il y a eu cette déferlante russe, avec son armada de fin du monde et son gigantisme conquérant. Le ciel afghan, où se tissaient les plus belles idylles de la terre, se couvrit soudain de rapaces blindés : sa limpidité azurée fut zébrée de traînées de poudre et les hirondelles effarouchées se dispersèrent dans le ballet des missiles.

La guerre était là. Elle venait de se trouver une patrie Un klaxon le projette sur le côté. Il porte instinctivement son chèche à sa figure pour se protéger contre la poussière. La camionnette d Abdul Jabbar l effleure, manque de renverser un muletier et fonce sur la place, suivie de près par le puissant 4x4. À la vue du cortège, une clameur incongrue secoue l attroupement où des adultes hirsutes disputent les premières loges à des gamins faunesques. Les miliciens doivent distribuer des coups à bras raccourcis pour calmer les esprits.

Le véhicule s arrête devant le fossé fraîchement creusé. On fait descendre la pécheresse 8 tandis que des invectives fusent çà et là. De nouveau, les remous reviennent molester les rangs, catapultant les moins vigilants vers l arrière.

Insensible aux coups de boutoir qui tentent de l éjecter, Mohsen profite des brèches que l agitation taille dans la cohue pour gagner les premiers rangs. Un mollah jette les pans de son burnous par-dessus les épaules, toise une dernière fois le fatras de voiles sous lequel un être se prépare à périr et tonne : Des êtres ont choisi de patauger dans la fange comme des porcs. Pourtant, ils ont eu connaissance du Message, ont appris les méfaits des tentations mais n ont pas développé suffisamment de foi pour leur résister.

Des êtres misérables, aveugles et futiles ont préféré un instant de débauche, aussi éphémère que dérisoire, aux jardins éternels. Ils ont retiré leurs doigts de l eau lustrale des ablutions pour les plonger dans les rinçures, se sont bouché les oreilles à l appel du muezzin pour n écouter que les grivoiseries de Satan, ont accepté de subir la colère de Dieu plutôt que de s en abstenir.

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Que leur dire, sinon notre chagrin et notre indignation? Son bras se tend comme un glaive vers la momie. Cette femme n ignorait rien de ce qu elle faisait.

L ivresse de la fornication l a détournée de la voie du Seigneur. Aujourd hui, c est le Seigneur qui lui tourne le dos. Elle n a droit ni à sa miséricorde ni à la pitié des croyants. Elle va mourir dans le déshonneur comme elle y a vécu. Il se tait pour se racler la gorge, déplie une feuille de papier dans un silence assourdissant. Allahou aqbar! Le mollah lève une main majestueuse pour apaiser le hurleur. Après la récitation d un verset coranique, il lit quelque chose qui ressemble à une sentence, remet la feuille de papier dans une poche intérieure de son gilet et, au bout d une brève méditation, il invite la foule à s armer de pierres.

C est le signal. Dans une ruée indescriptible, les gens se jettent sur les monceaux de cailloux que l on avait intentionnellement disposés sur la place quelques heures plus tôt.

Aussitôt, un déluge de projectiles s abat sur la suppliciée qui, bâillonnée, vibre sous la furie des impacts sans un cri. Mohsen ramasse trois pierres et les lance sur la cible. Les deux premières se perdent à cause de la frénésie alentour mais, à la troisième tentative, il atteint la victime en pleine tête et voit, avec une insondable jubilation, une tache rouge éclore à l endroit où il l a touchée.

Au bout d une minute, ensanglantée et brisée, la suppliciée s écroule et ne bouge plus. Sa raideur galvanise davantage les lapideurs qui, les yeux révulsés et la bouche salivante, redoublent de férocité comme s ils cherchaient à la ressusciter pour prolonger son supplice.

Dans leur hystérie collective, persuadés d exorciser leurs démons à travers ceux du succube, d aucuns ne se rendent pas compte que le corps criblé de partout ne répond plus aux agressions, que la femme immolée gît sans vie, à moitié ensevelie, tel un sac d horreur jeté aux vautours. Le besoin de sortir prendre l air, de s étendre sur un muret, face au soleil, le malmène. Il ne peut pas rester une minute de plus dans ce trou à rat, à soliloquer ou à essayer de déchiffrer les arabesques qui s entrelacent inextricablement sur les murs des cellules.

La fraîcheur de la petite maison d arrêt ravive ses anciennes blessures ; parfois son genou se bloque de froid et il a du mal à le replier. Parallèlement, il a le sentiment de devenir claustrophobe ; il ne supporte plus la pénombre, ni l exiguïté de l alcôve qui lui tient lieu de bureau encombrée de toiles d araignées et de cadavres de cloportes. Il range sa lampe tempête, avec sa gourde en peau de chèvre et son coffret drapé de velours dans lequel repose un volumineux exemplaire du Coran, enroule sa natte de prières, l accroche à un clou et décide de s en aller.

De toutes les façons, au cas où l on aurait besoin de lui, les miliciens savent où le trouver. Le monde carcéral lui pèse. Depuis quelques semaines, plus il réfléchit à son statut de geôlier, moins il lui trouve de mérite, encore moins de noblesse. Ce constat le met sans cesse en rogne. Chaque fois qu il referme le portail derrière lui, se soustrayant ainsi aux rues et aux bruits, il a l impression de s enterrer vivant.

Une peur chimérique trouble ses pensées. Il se recroqueville alors dans son coin et refuse de se ressaisir, le fait de se laisser aller lui procurant une sorte de paix intérieure. Sont-ce les vingt années de guerre qui le rattrapent?

À quarante-deux ans, il est déjà usé, ne voit ni le bout du tunnel ni celui de son propre nez. S abandonnant petit à petit au renoncement, il commence à douter des promesses des mollahs et se surprend, parfois, à ne craindre que vaguement les foudres du ciel. Il a beaucoup maigri. Son visage tombe en lambeaux sous sa barbe d intégriste ; ses yeux, bien que soulignés au khôl, ont perdu de leur acuité.

L obscurité des murs a eu raison de sa lucidité, celle de sa fonction s ancre profondément en son âme.

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Quand on passe ses nuits à veiller des condamnés à mort et ses jours à les livrer au bourreau, on n attend plus grand-chose du temps vacant. Désormais, ne sachant où donner de la tête, Atiq est incapable de dire si c est le silence des deux cellules vides ou bien le fantôme de la prostituée, exécutée le matin, qui confère aux encoignures un remugle d outre-tombe. Il sort dans la rue. Une ribambelle de galopins traque un chien errant dans une chorale dissonante.

Irrité par les hurlements et le remue-ménage, Atiq ramasse un caillou et le balance sur le gamin le plus proche. Ce dernier esquive le projectile et, impassible, continue de s égosiller pour désorienter le chien visiblement à bout de force. Atiq comprend qu il perd son temps. Les diablotins ne se disperseront pas avant d avoir lynché le quadrupède, s initiant ainsi, précocement, aux lynchages des hommes. Son trousseau de clefs sous le gilet, il s éloigne vers le marché infesté de mendiants et de portefaix.

Comme d habitude, nullement découragée par la canicule, une foule frénétique grouille au milieu des étals de fortune, tournant et retournant la friperie, farfouillant dans les vieilleries en quête d on ne sait quoi, meurtrissant de ses doigts décharnés des fruits trop mûrs. Atiq hèle un jeune voisin et lui confie le melon qu il vient d acheter : 10 Porte-le chez moi. Et tâche de ne pas traîner dans les rues, le menace-t-il en brandissant sa cravache. Atiq songe d abord à se rendre chez son oncle, cordonnier de son état, dont le repaire se trouve juste derrière le tas de ruine, là-bas ; se ravise derechef : son oncle est l un des plus grands bavards que la tribu ait engendrés ; il le retiendra jusque tard dans la nuit en lui ressassant les mêmes histoires sur les bottes qu il confectionnait pour les officiers du roi et les dignitaires de l ancien régime.

À soixante-dix ans, à moitié aveugle et quasiment sourd, le vieil Ashraf délire ferme. Lorsque ses clients, fatigués de l entendre, lui faussent compagnie, il ne se rend pas compte de leur retraite et continue de s adresser au mur à perdre haleine. Maintenant que plus personne ne vient se tailler des chaussures sur mesure et que les rares savates qu on lui soumet sont si sévèrement éprouvées qu il ne sait plus par quel bout les prendre, il s ennuie et ennuie à mourir.

Atiq s arrête au beau milieu du chemin et réfléchit à ce qu il va faire de sa soirée. Pour lui, pas question de rentrer à la maison retrouver son lit défait, la vaisselle oubliée dans l eau malodorante des bassines et sa femme couchée en chien de fusil dans un angle de la chambre, la tête ceinte d un foulard crasseux et la figure violacée.

C est à cause d elle s il est arrivé en retard, ce matin, manquant de compromettre l exécution publique de la femme adultère. Pourtant, au dispensaire, les infirmiers ne daignent plus s occuper d elle depuis que le médecin a écarté les bras en signe d impuissance. C est peut-être à cause d elle aussi que, subitement, il a cessé de croire aux promesses des mollahs et de craindre outre mesure les foudres du ciel. Toutes les nuits, elle le tient en alerte, gémissante, presque démente pour ne s assoupir qu à l aube, terrassée par la souffrance et les contorsions.

Tous les jours, il est obligé d écumer l antre pestilentiel des charlatans en quête d élixirs susceptibles de soulager ses douleurs. Ni les vertus talismaniques ni les prières les plus ferventes ne sont parvenues à assister la patiente.

Livré à lui-même, Atiq ne sait plus comment gérer une situation qui n a de cesse de se compliquer. Si le médecin a jeté l éponge, que reste-t-il en dehors d un miracle? Mais les miracles ont-ils encore cours, à Kaboul? Quelquefois, les nerfs tendus à rompre, il joint ses mains tremblantes autour d une fatiha et supplie le Ciel de rappeler son épouse.

Après tout, pourquoi continuer de souffrir quand chaque bouffée d air que l on respire vous dénature et horrifie vos proches? Écartez-vous, écartez-vous Atiq a juste le temps de se déporter sur le côté pour éviter d être renversé par une charrette dont la monture s est emballée. Le cheval fou se rue sur le marché, créant un début de panique, bifurque soudain sur un campement en toile.

Désarçonné, le conducteur effectue un vol plané et dégringole sur une guitoune. Le cheval poursuit sa course éperdue à travers les piaillements des enfants et les hurlements des femmes avant de disparaître derrière les gravats d un sanctuaire. Atiq retrousse les basques de son long gilet et frappe sur son postérieur pour chasser la 11 poussière. J ai bien cru que tu étais fichu, lui avoue un homme attablé sur la terrasse d une échoppe.

Atiq reconnaît Mirza Shah. Celui-ci lui propose une chaise. Je t offre un thé, garde-chiourme? Je l accepte volontiers, dit Atiq en se laissant choir sur le siège. Tu as fermé boutique plus tôt que prévu.

C est difficile d être son propre geôlier. Mirza Shah soulève un sourcil : Tu ne vas pas me dire qu il ne reste plus de locataires dans tes cellules. C est la vérité.

La dernière a été lapidée, ce matin. La putain? Je n ai pas assisté à la cérémonie, mais on m a raconté Atiq s adosse contre le mur, joint ses doigts sur son ventre et regarde les décombres de ce qui fut, une génération plus tôt, l une des avenues les plus animées de Kaboul.

Je te trouve bien triste, Atiq.

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C est d ailleurs la première des choses qui saute aux yeux. Dès que je t ai vu, je me suis dit, tsst! Atiq hausse les épaules. Mirza Shah a été son ami d enfance. Ils avaient grandi dans un quartier défavorisé et fréquenté les mêmes gens et les mêmes endroits. Leurs parents travaillaient dans une petite fabrique de verreries.

Ils avaient trop de soucis pour s occuper d eux. C est donc naturellement que Mirza s engagea dans l armée à dix-huit ans tandis qu Atiq exerça comme doublure auprès d un routier avant de s essayer à un nombre incroyable de petits métiers qui lui rapportaient le jour ce que lui dérobait la nuit.

Ils se perdirent de vue jusqu au jour où les Russes envahirent le pays. Mirza Shah fut l un des premiers militaires à déserter son unité pour rejoindre les moudjahidin. Son courage et son engagement l élevèrent rapidement au rang de tej.

Atiq le retrouva sur le front, servit sous ses ordres quelque temps avant qu un obus vienne interrompre l élan de son djihad. Il fut évacué à Peshawar. Mirza poursuivit la guerre avec un extraordinaire dévouement. Après la retraite des forces soviétiques, on lui proposa des postes de responsabilité dans l administration qu il déclina. La politique et le pouvoir ne le grisaient guère.

Grâce à ses relations, il mit sur pied de petites entreprises qui servirent de couverture à ses investissements parallèles, notamment dans la contrebande et le trafic des stupéfiants. L avènement des taliban a atténué ses ardeurs sans pour autant démanteler ses réseaux.

Il sacrifia volontiers quelques autocars et des bricoles pour la bonne cause, contribua à sa manière à l effort de guerre des voyous messianiques contre ses anciens compagnons d armes et réussit à préserver ses privilèges.

Plusieurs 12 fois, il a proposé à son ami de toujours de travailler pour lui. Atiq esquive régulièrement l offre, préférant crevoter dans une vie éphémère plutôt que de devoir en pâtir toute l éternité. Mirza fait tournoyer son chapelet autour de son doigt en dévisageant son ami. Ce dernier, gêné, feint d examiner ses ongles. Qu est-ce qui ne va pas, garde-chiourme? Je me le demande. C est pour cette raison que tu parlais tout seul, tout à l heure?

Tu ne trouves personne avec qui converser? Est-ce nécessaire? Au point où vont les choses, pourquoi pas? Tu étais tellement perdu dans tes soucis que tu n as pas entendu arriver la charrette. Tout de suite, je me suis dit soit Atiq est en train de perdre la raison, soit il est en train de mijoter un imminent coup d État Attention à ce que tu dis, l interrompt Atiq mal à l aise. On risque de te prendre au mot.

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C est pour te taquiner. On ne plaisante pas à Kaboul, et tu le sais bien. Mirza lui tape doucement sur le revers de la main pour l apaiser. Nous étions très amis, enfants. As-tu oublié? Les têtes brûlées n ont pas de mémoire. On ne se cachait rien l un à l autre. Aujourd hui, ce n est plus possible. La main de Mirza se crispe. Qu est-ce qui a changé, aujourd hui, Atiq?

Rien, absolument rien. Ce sont les mêmes armes qui circulent, les mêmes gueules qu on exhibe, les mêmes chiens qui aboient et les mêmes caravanes qui passent.

Nous avons toujours vécu de cette façon. Le roi parti, une autre divinité l a remplacé. C est vrai, les armoiries ont changé de logos, mais ce sont les mêmes abus qu elles revendiquent. Il ne faut pas se leurrer. Les mentalités restent celles d il y a des siècles.

Ceux qui attendent de voir surgir une nouvelle ère de l horizon perdent leur temps. Depuis que le monde est monde, il y a ceux qui vivent avec et ceux qui refusent de l admettre. Le sage, bien sûr, est celui qui prend les choses comme elles viennent.

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Celui-là a compris. Et toi aussi, tu dois comprendre. Tu n es pas bien parce que tu ne sais pas ce que tu veux, c est tout. Et les amis sont faits pour t aider à voir clair. Si tu penses que je suis encore ton ami, confie-moi un peu de ton désarroi. Atiq exhale un soupir. Il retire son poignet de la main de Mirza, cherche dans ses yeux quelque appui ; après une courte tergiversation, il cède : Mon épouse est malade. Le médecin dit que son sang se décompose très vite, que 13 son mal n a pas de remèdes.

Mirza reste un instant perplexe à l idée qu un homme puisse parler de sa femme dans la rue, puis, lissant sa barbe teinte au henné, il dodeline de la tête et dit : N est-ce pas la volonté du Seigneur?

Qui oserait s insurger contre elle, Mirza? Pas moi, en tout cas. Je l accepte pleinement, avec une infinie dévotion, sauf que je suis seul et désemparé. Je n ai personne pour m assister. C est pourtant simple : répudie-la. Elle n a pas de famille, rétorque naïvement Atiq, loin de remarquer le mépris grandissant qui envahit le faciès de son ami visiblement horripilé de devoir s attarder sur un sujet aussi dévalorisant.

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Ses parents sont morts, ses frères sont partis, chacun de son côté. Et puis, je ne peux pas lui faire ça. Et pourquoi pas? Elle m a sauvé la vie, rappelle-toi. Mirza rejette le buste en arrière, comme pris au dépourvu par les arguments du gardien. Il avance les lèvres, penche la figure sur une épaule de manière à surveiller de biais son interlocuteur. Dieu seul dispose de la vie et de la mort.

Tu as été blessé en combattant pour Sa gloire.

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Comme il ne pouvait pas envoyer Gabriel à ton secours, il a mis cette femme sur ton chemin. Elle t a soigné par la volonté de Dieu.

Elle n a fait que se soumettre à Sa volonté. Toi, tu as fait cent fois plus pour elle : tu l as épousée. Que pouvait-elle espérer de plus, elle, de trois ans ton aînée, à l époque vieille fille sans enthousiasme et sans attrait? Y a-t-il générosité plus grande, pour une femme, que de lui offrir un toit, une protection, un honneur et un nom? Tu ne lui dois rien. C est à elle de s incliner devant ton geste, Atiq, de baiser un à un tes orteils chaque fois que tu te déchausses.

Elle ne signifie pas grand-chose en dehors de ce que tu représentes pour elle. Ce n est qu une subalterne. De plus, aucun homme ne doit quoi que ce soit à une femme. Le malheur du monde vient justement de ce malentendu. Soudain, il fronce les sourcils : Serais-tu fou au point de l aimer? Nous vivons ensemble depuis une vingtaine d années.

Ce n est pas négligeable. Mirza est scandalisé, mais il prend sur lui et essaye de ne pas brusquer son ami d enfance. Je vis avec quatre femmes, mon pauvre Atiq. La première, je l ai épousée il y a vingtcinq ans ; la dernière il y a neuf mois. Pour l une comme pour l autre, je n éprouve que méfiance car, à aucun moment, je n ai eu l impression de comprendre comment ça fonctionne, dans leur tête.

Je suis persuadé que je ne saisirai jamais tout à fait la pensée des femmes. À croire que leur réflexion tourne dans le sens contraire des aiguilles d une montre.

Que tu vives un an ou un siècle avec une concubine, une mère ou ta propre fille, tu auras toujours le sentiment d un vide, comme un fossé sournois qui t isole 14 progressivement pour mieux t exposer aux aléas de ton inadvertance. Avec ces créatures viscéralement hypocrites et imprévisibles, plus tu crois les apprivoiser et moins tu as de chances de surmonter leurs maléfices.

Tu réchaufferais une vipère contre ton sein que ça ne t immuniserait pas contre leur venin.